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#04 SÉCURITÉ Faille

Des jetons IA volés contournent la MFA

La MFA protège la connexion. Pas ce qu'elle a délivré.

Okta a analysé un dump d'infostealers de 7 Go et y a trouvé 44 791 JWT uniques, dont 555 liés à des services d'IA et 1 843 encore valides à la publication, plus 24 clés d'API fonctionnelles (Gemini, OpenAI, Groq, OpenRouter). Un jeton de session volé se rejoue tel quel : il a été émis après la MFA, il n'a donc plus besoin d'elle. Les fournisseurs touchés incluent Google, Anthropic, Microsoft, Amazon, OpenAI, Notion et Cursor.

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Sommaire4 sections
  1. Ce qui se passe
  2. Pourquoi ça compte
  3. Ce qu'il faut faire
  4. À retenir

Ce qui se passe

Okta a analysé un dump d'infostealer de 7 Go, publié sur un canal Telegram le 2 août 2026. Il contient les données de 5 871 machines infectées réparties dans 162 pays, collectées par des voleurs du type Lumma Stealer ou Vidar.

Le décompte, côté authentification :

Élément Quantité
JWT uniques 44 791
dont liés à des services d'IA 555
Structures JWE (JWT chiffrés) 2 937
JWT/JWE non expirés le jour de la publication 1 843
Clés d'API encore valides 24
JWT contenant des données personnelles en clair 17,7 %

Les services concernés sont ceux du quotidien : Google, Microsoft, Anthropic, Amazon, OpenAI, Gamma, Notion, Character.ai, Cursor, Poe.com, Pika AI. Les 24 clés d'API, trouvées en passant le dump à TruffleHog, ouvrent sur Google Gemini, OpenAI, Groq et OpenRouter.

Pourquoi ça compte

Le mécanisme n'a rien d'exotique, et c'est précisément le problème. Le voleur ne cherche pas votre mot de passe : il ramasse le jeton de session que votre navigateur a obtenu après la connexion — donc après la double authentification. Rejoué depuis une autre machine, ce jeton ouvre la session sans repasser par le moindre facteur.

« Une fois rejoué avec succès, un attaquant est de fait connecté à un service LLM sans s'être connecté. » — Jeremy Kirk, directeur du renseignement sur les menaces chez Okta

Les JWE, eux, sont majoritairement posés par OpenAI, qui utilise NextAuth.js. Ils sont chiffrés, donc illisibles pour l'attaquant — mais un jeton n'a pas besoin d'être lu pour être rejoué.

Deux conséquences se cumulent. La première est financière : détourner une clé d'API pour consommer l'abonnement d'autrui a un nom, le LLMjacking, et un marché — un vendeur repéré par Okta propose l'accès à Claude, Cursor, ChatGPT et Gemini au rabais, support 24/7 et garantie de remboursement compris. La seconde est humaine : les 17,7 % de jetons porteurs de nom, téléphone ou e-mail en clair ne périment jamais, et lient une personne à un service — matière première d'un hameçonnage crédible.

Côté outillage, les navigateurs anti-detect comme Camoufox, ou SeleniumBase, chargent directement le sessionStorage et le localStorage volés depuis un fichier, et permettent de configurer un proxy pour déjouer les détections de « voyage impossible ».

Ce qu'il faut faire

Trois gestes, dans l'ordre de rentabilité :

  1. Faire tourner les clés d'API stockées dans vos fichiers .env, vos secrets de CI et vos images. Une clé exposée reste valide jusqu'à révocation — la durée de vie ne joue pas pour vous.
  2. Révoquer les sessions actives sur les comptes IA, depuis les réglages de sécurité de chaque fournisseur, plutôt que de se contenter d'un changement de mot de passe qui ne les invalide pas toujours.
  3. Réduire la portée : clés limitées à un projet, OAuth 2.0 avec jetons de courte durée, allowlist d'IP quand le fournisseur la propose.

Chrome supporte par ailleurs les Device Bound Session Credentials (DBSC), qui lient cryptographiquement un jeton de session à l'appareil : un jeton volé devient inutilisable ailleurs.

À retenir

Tout ceci suppose une machine déjà infectée — mais un poste de développeur, avec ses fichiers d'environnement et ses sessions ouvertes en permanence, est exactement la cible visée. Les passkeys ont rendu la prise de compte par mot de passe difficile ; elles ne protègent pas ce qui a déjà été émis.

Source : Infostealer Logs Expose Replayable AI Tokens That Can Bypass MFA