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#04 SÉCURITÉ Faille

Une extension Chrome posée sans le Web Store

Le navigateur est signé. Ce qui tourne dedans ne l'est plus.

SOCRadar décrit PEEP, une boîte à outils de post-compromission qui se fait passer pour une extension de marque-pages et s'installe dans Chrome et Edge sans le Web Store, en forgeant les valeurs d'intégrité du fichier Secure Preferences de Chromium. Un binaire de messagerie native lui donne l'exécution de commandes sur la machine hôte, ce qui la fait sortir du bac à sable du navigateur. Elle dérive de RedExt, un cadre open source de red team déjà réutilisé dans les attaques GlassWorm.

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Sommaire5 sections
  1. Ce qui se passe
  2. Le mécanisme
  3. Ce que fait l'agent
  4. Pourquoi ça compte
  5. À retenir

Ce qui se passe

PEEP est une boîte à outils de post-exploitation pour navigateurs Chromium, documentée par SOCRadar. Elle se présente comme une extension de marque-pages, Smart Bookmarks, identifiant ejkndncpkdcjcikfhiamcdehdoegilbj.

Le mot post-exploitation est la première chose à retenir : PEEP n'a aucun vecteur d'accès initial. L'opérateur doit déjà disposer d'un accès administrateur ou d'une exécution de code sur la machine. Ce qu'elle apporte, c'est ce qui vient après.

Le mécanisme

Chromium conserve dans un fichier nommé Secure Preferences des valeurs d'intégrité qui servent précisément à détecter les extensions ajoutées dans le dos de l'utilisateur. L'installeur de PEEP recalcule ces valeurs, et l'extension devient légitime aux yeux du navigateur : pas de passage par le Web Store, pas d'invite d'autorisation.

Trois scripts s'en chargent, plus un équivalent Linux :

La persistance s'appuie aussi sur les stratégies d'entreprise ExtensionInstallForcelist et ExtensionSettings, et sur un repli par ScriptCache.

Ce que fait l'agent

Une fois en place, l'extension interroge son serveur de commande et contrôle toutes les 30 secondes, en HTTP en clair, sur /api/commands. Les serveurs observés sont 206.237.30[.]232 et xfjcc[.]fun.

Les points d'entrée du panneau, utiles pour la détection réseau :

Chemin Rôle
/api/register enregistrement de l'infection
/api/agents/<id>/heartbeat User-Agent, système, fuseau horaire
/api/extension_update/, /api/extension_crx/ mise à jour de l'extension
/api/agents/<id>/task_result résultats des commandes
/api/exfil cookies, historique récent, onglets, URL active, IP publique, langue
/health état interne, sans authentification
/login interface du panneau C2, port 5001

Les commandes purement navigateur — captures d'écran, presse-papiers, injection de JavaScript — s'exécutent localement. Pour tout ce qui touche le système, l'extension appelle un binaire de messagerie native, com.peep.lab/nm_host.exe : commandes shell, gestion de fichiers, découverte de processus et de services. C'est ce pont qui fait passer l'outil du voleur d'identifiants au véritable accès distant.

Pourquoi ça compte

PEEP est un dérivé de RedExt, un cadre open source d'analyse de données de navigateur et de red team, déjà employé dans les attaques GlassWorm. Elle y ajoute des routines d'installation dédiées, le pont natif, la télémétrie de présence, un canal de mise à jour et un jeu de commandes plus large.

L'argument technique de SOCRadar est celui qui doit changer une pratique de détection : « parce que sa logique s'exécute à l'intérieur du processus signé du navigateur, elle échappe aux détections portant sur des binaires nouveaux ou non signés ». Le navigateur devient le point de pivot vers le système.

À retenir

L'activité n'est pas attribuée, malgré des artefacts en chinois dans le code source. L'ampleur observée reste modeste : le point /health affichait 34 entrées d'agents, 10 sessions actives et 507 enregistrements, sans qu'on puisse distinguer les vraies machines des tests. SOCRadar note aussi des références à un « Authorized CTF », cadrage qui a pu servir à abaisser les garde-fous d'outils d'IA pendant le développement.

Le geste utile aujourd'hui : auditer les extensions installées par stratégie d'entreprise, pas seulement celles que vos utilisateurs ont choisies.

Source : PEEP Turns Chrome and Edge Into Post-Compromise Backdoors for Host Command Execution