Ce qui se passe
Matthew McPherrin cherchait une racine de confiance assez faible pour être cassée sur son ordinateur personnel. Il en a trouvé deux.
Les magasins de certificats n'étaient pas encore mis à jour par le réseau dans les années 1990 : les racines voyageaient dans l'installeur du navigateur. Or archive.org conserve des installeurs Netscape et Internet Explorer d'époque. Il a donc téléchargé les deux collections, extrait toutes les racines, et trié par taille de clé.
Netscape 4.51, publié en mars 1999, embarquait deux certificats de 512 bits émis par E-Certify, une autorité canadienne aujourd'hui disparue : l'un valable pour SSL, l'autre pour S/MIME. Internet Explorer, lui, n'a apparemment jamais livré de racine 512 bits pour SSL.
Factoriser le module de la clé publique donne les deux nombres premiers, donc la clé privée. Sur un Ryzen 9 5950X de bureau, avec CADO-NFS :
# E-Certify RSA 512 Gold Server (SSL) → 32 heures
# E-Certify RSA 512 Gold Client (S/MIME) → 29 heuresLes certificats, les clés privées reconstruites et l'outillage sont publiés dans
github.com/mcpherrinm/ancientroots. L'auteur a même monté un serveur TLS d'époque
en Go — aucune pile TLS moderne ne parlant plus à Netscape 4.51 — hébergé sur
e-certify.fly.dev.
Pourquoi ça compte
La portée offensive est nulle, et l'auteur le dit lui-même : ces racines ont été retirées par Netscape en 2002 et ont expiré le 16 octobre 2003. Il faudrait faire tourner Netscape 4.51 avec l'horloge reculée de vingt-cinq ans.
Ce qui compte est le calendrier, parce qu'il se répète.
- 1999 — Netscape livre ces racines de 512 bits. La même année, RSA-155, qui fait exactement 512 bits, est factorisé publiquement. La clé était déjà trop courte le jour de sa livraison.
- 2015 environ — le Web PKI abandonne RSA 1024 bits.
- Septembre 2026 — RSA-260, soit 862 bits, vient d'être factorisé ; c'est la plus grande factorisation connue de l'auteur.
Aucun de ces seuils n'a été franchi par surprise. À chaque fois, l'écart entre « on sait que c'est faible » et « on a fini de le remplacer » s'est compté en années.
Ce que ça change pour vous
Le Web PKI est surveillé, daté, audité — vos autorités internes ne le sont pas. Ce sont elles qui portent le risque :
- Les racines privées d'un maillage de services ou d'un VPN d'entreprise, émises une fois et jamais revues.
- Les clés de signature de paquets, de firmware ou de jetons, souvent créées au démarrage d'un projet avec les valeurs par défaut de l'époque.
- Les certificats clients longue durée, dont la date d'expiration est le seul garde-fou.
RSA 2048 bits reste la base aujourd'hui, mais sa fin est déjà écrite face au risque quantique. La bonne question n'est pas « est-ce cassable ce matin », c'est « dans combien d'années expire cette clé, et est-ce que sa taille tiendra jusque-là ».
À retenir
Ce billet est une curiosité, pas une alerte. Sa valeur est démonstrative : deux jours de calcul sur une machine de bureau suffisent à reconstruire l'identité d'une autorité de certification, dès lors que la clé a été dimensionnée avec les habitudes d'il y a vingt-cinq ans. Le fait notable n'est pas que ce soit possible aujourd'hui, c'est que ça l'était déjà en 1999.
Source : Matthew McPherrin